Le message qui suit à été écrit par un habitant de la commune de Magné. Ce message a été transmis au comissaire de l’enquête public en charge du projet éolien qui a eu lieu en mars-avril 2021. Cet habitant a souhaité vous partager cette lettre.


P. CHEVRIER

Habitant du village de La Talonnière (Magné)

A environ 1000 m (à vérifier) de l’installation projetée à « La Talle »

Monsieur l’enquêteur public,

Je ne suis pas a priori hostile à l’énergie éolienne ; de nombreuses générations intelligentes et industrieuses l’ont utilisée depuis les âges lointains de l’Humanité, pour les besoins domestiques et les déplacements sur mer. Mais là, nous ne sommes pas dans la même configuration ; nous sommes de toute évidence devant un détournement éhonté des efforts actuels pour utiliser les énergies « naturelles », en imposant des installations surdimensionnées, polluantes, et vraisemblablement peu  productrices ni économes au regard des moyens mis en œuvre.

 Je m’accommoderais fort bien de la présence d’une ou deux éoliennes trois fois moins hautes que ce qu’on veut nous imposer, si je voyais en plus tous les matins l’usinier partir embaucher sur son vélo pour son travail de contrôle et de répartition de l’énergie au service direct des habitants de la Commune.

Sauf que chez nous ce serait déjà incongru, puisqu’on a très peu de vent.

J’adhère entièrement aux remarques et conclusions contenues dans le dossier de l’association ADEPV86, notamment sur les points suivants : zone non propice à l’éolien / densité déjà extrême du maillage éolien régional / opacité, omissions et mensonges dans la présentation du projet Magné-Champagné / nuisances sonores et visuelles/ dépréciation des propriétés et lieux de vie.

Je voudrais insister sur quelques autres points, dans les sens : civilisationnel, philosophique, politique :

Le projet est incompréhensible et illisible pour la population locale. J’ai visité d’autres régions d’Europe, par exemple les Îles Orcades (nord Ecosse), où le vent est quasi-permanent, et où on n’a pas attendu les idées géniales des crânes d’œuf de  « start-ups » opportunistes pour se rendre compte qu’il peut rendre service directement aux gens dans leur vie quotidienne, par des installations modestes et modernes dérivant des moulins à vent ancestraux.

On en arrive donc très vite à la conclusion que l’énergie produite ici (s’il s’en produit de manière significative), n’est destinée ni à satisfaire des besoins de la population, ni même à économiser sur la dépense nationale d’énergie ; elle est destinée à être cumulée à la production d’énergie nucléaire, sans souci d’économie, et intégrée à un flux commercial aux mains de « trafiquants » assimilables aux barons de la drogue.

Depuis longtemps les technocrates ont défini l’espace rural, l’hyper-ruralité,  comme un terrain d’aventure ouvert à tous les caprices et délires du cerveau central urbain : dès qu’on annonce un confinement sanitaire, voilà les hordes de parisiens qui déboulent dans leurs « résidences secondaires » (ah bon, ils ont les moyens d’avoir deux maisons ? ) au risque avéré de diffuser les virus. Si le développement énergétique est à ce point nécessaire (alors qu’on devrait plus intelligemment veiller à son économie), pourquoi ne pas implanter une centrale nucléaire sur la Seine au Pont de l’Alma (elle ne serait pas plus dangereuse pour les parisiens qu’elle ne l’est pour les habitants de la Vienne, et le débit de la Seine est plus important que celui de notre rivière) ; pourquoi ne pas implanter un parc éolien tout le long des Champs Elysées, de l’Arc de Triomphe à la Concorde ; la « plus belle avenue du  Monde » ne devrait pas se sentir  plus défigurée par ces œuvres  d’Art contemporain que le beau chemin de Champagné… Notons également que les couloirs du métro sont des goulets très propices à des courants d’air violents vraisemblablement utilisables par des éoliennes adaptées ; relocalisons donc la production d’énergie sur les sites qui en ont besoin !…Et il y aura moins de pertes en ligne…

Dans le cas présent, on fait fi de l’avis des populations et de leurs représentants élus ; la Mairie de Magné est opposée au projet depuis le début ; mais que pèse cet avis devant une stratégie de type « colonial » ?

Comme dans n’importe quelle épopée conquérante figurant à nos livres d’Histoire, des aventuriers modernes achètent l’accord de quelques « sauvages » avec des colifichets, de la verroterie (et une poignée d’euros) ; et tout le monde , notamment les générations à venir, subira les conséquences de ces projets court-termistes ; en effet (en Allemagne les projets éoliens sont arrêtés), d’ici à quelques années, quand « la mode » sera passée,  les sociétés d’exploitation n’existeront plus, ou se seront tellement transformées qu’elles ne seront plus responsables de leurs installations ; il nous restera alors leurs déchets dégradés ,inutilisables et indestructibles ; nous n’aurons que la solution de les faire visiter aux touristes, dans un grand parc dédié à la connerie humaine.

L’industrie capitaliste européenne pille les ressources des pays africains pour l’uranium et les métaux rares (qui alimentent entre autres les composants des éoliennes) ; de la même manière, elle pille l’espace rural et son énergie libre en la captant pour la transporter « ailleurs », avec la complicité de l’Etat.

J’ajoute en conclusion que, comme dans d’autres cas récents, l’enquête publique risque de n’être qu’un faux-nez et un alibi facile. Beaucoup de gens ne vont pas y répondre, parce qu’ils ne comprennent pas comment ça marche, par lassitude, et par manque d’explications…D’ailleurs, les chemins d’accès sont déjà tracés dans le Bois de la Talle, là où je vais aux champignons.

Le dernier danger à dénoncer est la destruction de la société villageoise ; de tels projets en effet exacerbent les prises de position et les opinions divergentes, et la convivialité propre à une communauté soudée vole en éclats.

Si notre vent local risque fort de ne pas être à la hauteur des mâts

Celui de l’intox est particulièrement violent.

P.CHEVRIER 23-04-2021